Dans une lettre adressée à ses concitoyens, Mandiangane Fall décripte le dernier sommet de la CEDEAO tenu à Abuja au Nigeria.
Chers concitoyens, la CEDEAO, encore ce machin qui nous a été présenté comme l’instrument d’intégration de la sous-région ouest africaine. Après plusieurs rendez-vous manqués des promesses non tenues, la voilà devant faire face à la dissidence de l’Alliance des États du Sahel (AES) instituée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces Etats se sont constitués en confédérations. La rupture est donc consommée avec la CEDEAO. A quoi bon de s’accrocher à une organisation communautaire qui vous affame et vous asphyxie, au moment où vous avez le plus besoin de sa solidarité ?
Pourtant nos concitoyens Maliens, Nigériens et Burkinabé en ont besoin pour sortir de ce bourbier déstabilisateur et nébuleux, semant la mort et la désolation au sein de leurs populations désemparées. A la place de la CEDEAO dite « des peuples », il leur est servi, un embargo inhumain, aggravant une situation déjà insoutenable. Combien de fois avons-nous prié pour la résilience de nos frères et sœurs ? Combien de fois avons nous, impuissants, manifesté notre solidarité à nos concitoyens laisser à eux même ? Et le Sénégal, pays charnière du panafricanisme, n’aurait jamais dû participer et cette forfaiture impardonnable contre le processus d’intégration en Afrique de l’Ouest. Ils ne leur ont pas donné de choix, c’est une question de dignité humaine. Ils sont partis pour survivre face à la volonté manifeste des gouvernements de peuples frères de les humilier.
L’intégration dans sa dimension économique et politique, c’est quand les Etats décident de mettre en commun leurs ressources pour relever, ensemble les défis présents et futurs. C’est un processus qui implique nécessairement une solidarité permanente et dynamique. Comment les chefs d’Etats de la CEDEAO ont-ils pu prendre une série de décisions, toutes totalement contraires à l’idéal communautaire ? Cela ne peut pas relever seulement de l’incompétence.
Chers concitoyens, le Général Abdourahamane Tiani, leader Nigérien, a appelé ce 06 juillet 2024, lors du sommet des chefs d’Etats de l’AES, à construire « une communauté éloignée de la mainmise des puissances étrangères ». Ne faudrait-il pas conclure à l’instrumentalisation de la CEDEAO par des forces autres qu’africaines ? La démarche adoptée par la conférence des Chefs d’Etat milite pour une telle appréhension de la réalité en son sein.
Vingt-quatre heure après, le Président de la République du Sénégal Bassirou Diomaye Diakhar Faye semble partager une telle perception quand il affirme : « Nous devrons sans doute débarrasser la CEDEAO des clichés et stéréotypes qui la réduisent à la posture d’une organisation soumise aux influences de puissances extérieures ».
Il ajoute en constatant, comme pour renvoyer ses collègues aux fondamentaux, une organisation « distante des populations qu’elle a la responsabilité historique de servir, conformément à son Acte constitutif. ».
Il ne pouvait avoir une autre position après ce désastre que lui a légué son prédécesseur. Il est ressorti des travaux du sommet de la CEDEAO qui s’est tenu, le dimanche 7 juillet 2024, à Abuja, que le Président de la République du Sénégal a été désigné comme facilitateur ou « Émissaire » de la CEDEAO dans les discussions avec les États de l’Alliance des États du Sahel (AES). Sans doute, ils misent sur sa virginité par rapport à ses collègues, trop impliqués, de la plus mauvaise des manières, dans cette crise sans précédent.
Pour ma part, il est clair que la CEDEAO est une organisation dont l’inefficacité est manifeste. L’option de mettre sur pied des organisations sous régionales dix ans après la création de l’organisation de l’Unité africaine (OUA) devenue Union africaine (UA) était commandée par la recherche d’efficacité rejoignant ainsi la position historique de Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët Boigny qui défendaient l’idée d’une intégration par cercle concentrique.
A côté d’une union africaine qui est plus une foire diplomatique qu’un organisme d’intégration, encombrant, budgétivore et inefficace, les entités sous régionaux révèlent leur incapacité à s’adapter aux situations politiques, économiques et sociales auxquelles les pays de la sous-région font face et dont les coups d’Etat qui les inquiètent sont les moins prégnants. Nous constatons avec amertume une série d’échecs : échec de la libre circulation des personnes et des biens, échec du projet de monnaie communautaire, échec dans la défense des droits et libertés, échec de la sauvegarde et de la promotion de la démocratie, échec de la préservation de la paix et de la stabilité.
Pour toutes ces raisons, nous sommes au regret de conclure que la CEDEAO est anachronique et toutes tentatives de rafistolages seraient un affront fait aux peuples africains qui ont vécu avec l’idée d’une CEDEAO des peuples. Ce serait aussi une trahison de plus au legs des pères fondateurs. Il faut la dissoudre, tout reprendre, tout redéfinir, tout renégocier.
Chers Concitoyens, il faut inventer une autre organisation pour conduire le processus de construction communautaire et faire face aux défis actuels ; une organisation bâtie dans le respect des principes démocratiques. C’est un impératif pour renouer les liens de solidarité injustement rompu. Oui l’Afrique de l’ouest a besoin d’une organisation moderne dotée d’une architecture institutionnelle qui s’inspirent de nos aspirations profondes ainsi que d’un nouveau leadership, à l’écoute de nos concitoyens. Vive le Sénégal dans une Afrique unie.
Fait à Dakar, le 26 juillet 2024 Madiangane Fall, Citoyen africain, Président du parti Nous Citoyens « Li ñu bole ».

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