De nouveaux affrontements entre gangs de détenus dans le centre pénitentiaire de Guayaquil ont fait au moins 68 morts. Fin septembre déjà, 119 détenus avaient péri dans des affrontements entre gangs, le pire massacre de prisonniers de l’histoire de l’Amérique latine.
Les violences entre détenus ont débuté vendredi soir dans le vaste centre pénitentiaire de Guayaquil. Évoquant des scènes d’une grande « sauvagerie », la chef de la police, Tannya Varela a indiqué que les « événements sont le résultat d’une dispute territoriale entre bandes criminelles à l’intérieur du pénitencier. »
L’intervention de la police pour tenter de rétablir l’ordre dans la prison a « sauvé des vies », a assuré de son côté Pablo Arosemena, gouverneur de la province de Guayas, car sur des images diffusées sur les réseaux – dont l’authenticité n’a pas été confirmée de source indépendante –, on peut voir des détenus, en pleine nuit dans une cour de l’intérieur de la prison, s’acharnant à coups de bâtons sur un tas de corps entassés, inanimés et en train de se consumer dans les flammes. Dans une autre vidéo, un prisonnier enfermé dans un pavillon appelait à l’aide avec en arrière fond sonore des détonations répétées.
« Selon des informations préliminaires, près de 68 personnes privées de liberté (détenus) ont été tuées et 25 autres blessés », a indiqué le bureau du procureur général, qui a annoncé l’ouverture d’une enquête.
Le 28 septembre, 119 personnes sont mortes dans les mêmes circonstances dans cette même prison de Guayas 1. Le plus grand massacre de l’histoire carcérale de l’Équateur et l’un des pires en Amérique latine. Certains détenus avaient été démembrés, décapités, ou brûlés dans de violents affrontements entre gangs liés aux narcotrafics et aux cartels mexicains.
Aggravation de la crise carcérale
Après la tuerie de vendredi soir, le président équatorien Guillermo Lasso a proclamé « l’état d’exception » dans les 65 prisons équatoriennes, avec notamment le déploiement d’importants renforts militaires.
Ces prisons peuvent accueillir 30 000 personnes, mais sont occupées par 39 000 détenus, soit une surpopulation de 30%. Des armes de toutes sortes, de la drogue et des téléphones portables y circulent en grand nombre. Elles sont le théâtre d’une rivalité sanglante entre notamment les redoutables cartels mexicains de Sinaloa et Jalisco Nueva Generacion.
L’Équateur est confronté à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue, avec près de 1 900 morts violentes depuis le début de l’année, en particulier à Guayaquil, ville portuaire et centre économique du pays.
Dans l’immense prison en périphérie de Guayaquil, qui abrite 8 500 détenus et dont la surpopulation atteint 60% selon les chiffres officiels, la violence n’a pas cessé depuis les émeutes de septembre dernier, malgré les multiples annonces et la communication incessante du gouvernement sur ce thème de la lutte contre l’insécurité.
Après les incidents de septembre, 15 autres détenus ont été tués dans différents incidents. Avec ce nouveau massacre, les émeutes dans les prisons équatoriennes ont fait plus de 308 morts depuis le début de l’année. En février, 79 détenus sont morts dans des émeutes simultanées dans quatre prisons.
Samedi au petit matin, comme ce fut le cas lors du massacre du 28 septembre, des familles de détenus était rassemblées devant le pénitencier de Guayaquil, tentant de prendre des nouvelles de leurs proches ou criant de désespoir à l’annonce de la mort d’un des leurs.

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