La première Conférence internationale sur la fiscalité de l’économie numérique en Afrique, organisée par la Fondation pour le renforcement des capacités (ACBF), bras technique de l’Union africaine, s’est clôturée hier, jeudi, sur une série de recommandations majeures visant à adapter les politiques fiscales aux mutations technologiques et à l’émergence de nouveaux modèles économiques.
Face à la croissance exponentielle de l’économie numérique et aux défis qu’elle pose en matière de taxation, les participants ont unanimement souligné l’urgence de doter les administrations fiscales africaines des compétences et des outils nécessaires pour assurer une gestion efficace, équitable et souveraine de la fiscalité dans ce secteur.
La conférence a réuni des représentants de gouvernements africains, d’organisations internationales, d’institutions régionales, de la société civile et du secteur privé. Les échanges ont permis de dégager une série de mesures prioritaires. Parmi elles, figurent l’investissement massif dans la formation et le renforcement des capacités humaines des administrations fiscales, condition sine qua non pour faire face à la complexité des flux numériques et transfrontaliers.
« Les États africains doivent impérativement aligner leurs politiques fiscales sur les innovations numériques, et bâtir des systèmes fiscaux adaptés aux réalités du 21e siècle », ont plaidé les délégués dans leur déclaration finale.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité d’automatiser les processus fiscaux, d’intégrer les systèmes de données et de faciliter l’accès en temps réel à l’information, afin de rationaliser la collecte de l’impôt dans le domaine numérique.
Renforcer la coopération institutionnelle et régionale
La conférence a aussi appelé à un renforcement de la collaboration entre institutions clés, telles que la Commission de l’Union africaine, la Banque africaine de développement (BAD), l’ACBF et d’autres partenaires techniques. Cette synergie est jugée essentielle pour remédier aux lacunes en matière de capacités humaines et institutionnelles.
« Aucun pays africain ne peut relever seul le défi de la fiscalité numérique. Une stratégie collective s’impose », a affirmé Mamadou Bitèye, secrétaire exécutif de l’ACBF. Il a souligné qu’au terme de la conférence, un consensus a été trouvé autour de la nécessité d’une approche panafricaine harmonisée, seule à même de répondre efficacement aux enjeux posés par les chevauchements juridictionnels et l’absence de cadre fiscal uniforme.
L’économie numérique, un gisement fiscal encore peu exploité
Présidant la cérémonie de clôture, Cheikh Mouhamed Hady Dièye, coordonnateur de la Direction générale des Impôts et Domaines (DGID) du Sénégal, a rappelé que la digitalisation rapide de l’économie constitue à la fois une opportunité et un défi majeur pour les finances publiques africaines. « Nos États accusent un retard important dans de nombreux domaines, notamment à cause d’un déficit de financement chronique qui nous oblige à recourir à des emprunts onéreux ou à des dons contraignants. Face à un tel contexte, il devient impératif d’explorer les niches fiscales sous-exploitées – parmi lesquelles figure en bonne place l’économie numérique », a-t-il expliqué. Il a également souligné que la nature virtuelle et transfrontalière des échanges numériques rend leur taxation particulièrement complexe, appelant à une réorganisation des administrations fiscales pour qu’aucun revenu généré sur le territoire ne puisse échapper à l’impôt.
Vers une stratégie fiscale continentale unifiée
Pour pallier les disparités entre les juridictions fiscales africaines, les participants ont recommandé l’élaboration d’une stratégie fiscale numérique continentale harmonisée. Celle-ci permettrait de clarifier les règles d’imposition, de garantir la cohérence entre les pays et de favoriser une taxation juste et équitable des entreprises opérant dans le numérique.
« La coopération est aujourd’hui indispensable. Il faut unir les efforts pour développer des capacités communes, plaider pour des droits fiscaux équitables au niveau mondial, et renforcer le partage d’expériences entre les pays du continent », a insisté Mamadou Bitèye.
Cette conférence marque une étape importante dans la construction d’une gouvernance fiscale adaptée aux réalités du numérique en Afrique. Elle appelle à une mobilisation collective des États, des institutions et des partenaires pour garantir que l’économie numérique contribue pleinement au financement du développement durable du continent.
JEAN PIERRE MALOU

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