Les échos de l’éco: 2020, annus horibilis, et ses leçons

Plus que quelques heures pour ranger l’année 2020 dans les tiroirs de nos souvenirs. Un triste souvenir d’ailleurs pour l’humanité, pressée de tourner cette page sombre, avec l’espoir que 2021 sera meilleure. La pandémie de Covid-19 a bouleversé tous les secteurs d’activité, remis en cause des certitudes et révélé au grand jour des réflexes primitifs de repli sur soi sur fond de nationalisme égoïste. Elle laisse des dégâts économiques considérables estimés à plus de 7000 milliards de dollars, selon un responsable de l’Ocde.

Ce que nous retenons de cette année finissante, c’est le manque de solidarité dans la riposte face à un danger de mort commun illustré par l’absence d’une riposte globale. Les riches ont soutenu à bout de bras leurs économies en injectant des milliers de milliards de dollars, les pays sous-développés raclant leurs caisses presque vides pour survivre. Et comme d’habitude, on leur a promis de faire quelque chose pour atténuer le fardeau de la dette, mais c’était juste, en lieu et place d’une annulation, pour accorder un moratoire sur la dette des pays les plus pauvres, prolongé de six mois en octobre dernier.

L’Afrique, principal concerné, n’a dû son salut qu’à sa résilience qui a étonné plus d’un. L’hécatombe tant annoncé n’a pas eu lieu, les clichés catastrophistes ont eu tout faux cette fois-ci. «Les raisons d’avoir sonné l’alarme se heurtent à des représentations de l’Afrique, de sa place dans le monde, entre l’habitus du catastrophisme et la paresse intellectuelle qui veut voir et trouver l’Afrique à la place du mort», dénonçaient trois chercheurs à l’Ird, Laurent Vidal, Fred Eboko et David Williamson (tribune parue dans lemonde.fr). Mais, c’était oublier, comme le dit le philosophe Djibril Samb, dans un entretien avec le Soleil, que «les Africains, en particulier, possèdent une résilience inouïe, et peuvent se remettre de tout. Leur culture est puissante, quasiment indéracinable, ce qui me paraît à la fois fascinant et inquiétant». Au moins, la pandémie a rappelé aux élites africaines, abonnés à se faire soigner dans les pays développés, mais bloqués chez eux à la suite de la fermeture des frontières, la nécessité de rehausser le plateau médical.

C’est ainsi que presque partout sur le continent, d’importants investissements dans ce domaine ont été réalisés pour faire face à la pandémie. La marge de progression reste importante, car l’Afrique pèse juste 1 % des dépenses de santé, consacre 5 % de son Pib à ce secteur, soit la moitié de la moyenne mondiale. Nous n’aurons pas tiré de leçon de cette année finissante si nous ne revoyons pas l’ordre de nos priorités vitales, car «cette crise doit aussi nous faire réfléchir davantage sur nos limites et nos vulnérabilités». Parmi celles-ci, il y a nos dépendances de tous ordres, notamment alimentaire, pharmaceutique… La crise sanitaire a aussi bouleversé l’agenda économique du continent en retardant le démarrage de la Zleca, l’entrée en vigueur de la monnaie commune Eco à la place du franc Cfa, par exemple.

Parmi les certitudes ébranlées en 2020, il y a le modèle capitaliste néolibéral, accusé de se soucier plus de profit, de croissance que du bien-être des individus, d’être à l’origine des inégalités et de négliger les services de santé. Avec la Covid-19, on a assisté à un retour du keynésianisme avec un retour premier au plan des États. Les mesures étatiques n’ont qu’un seul but inavoué, selon Djibril Samb : «la sauvegarde de l’économie mondiale, et plus particulièrement du capitalisme financier, tête de file de l’économie de marché, laquelle, en toutes circonstances, dicte sa loi au monde, et d’abord aux États». La suite lui a donné raison. L’homme a découvert le vaccin contre le coronavirus, mais en a fait un business, avec le nationalisme vaccinal, qui condamne les pauvres à patienter, le temps que les riches reçoivent leurs commandes de doses. L’année 2020 s’en va, mais nous laisse avec nos angoisses, nos contradictions, mais aussi avec nos espoirs d’un monde meilleur.


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