Si la prison transforme le plus parfait anonyme en célèbre martyr, tirant bénéfice de sa posture victimaire, en sortir peut procéder d’un mécanisme par lequel se dégonfle la bulle de popularité d’un gênant opposant.
Avec la libération de Guy Marius Sagna, le régime se débarrasse d’une épine. D’ailleurs, c‘est une vielle recette des pouvoirs machiavéliques : quand il y a manifestation, ils arrêtent le dirigeant pour noyer le poisson, au sujet des revendications.
Au départ, les activistes luttaient pour ramener l’Etat à revenir sur la hausse du prix de l’électricité. Le prolongement du séjour carcéral de Guy Marius a poussé Nio lank a changé de credo, pour se focaliser sur la libération de cet éminent membre de « France Dégage ». Le débat sur la guerre de succession ouverte à l’Alliance pour la république commençait à reléguer, au second plan, le sujet évoqué supra. Mais, la sortie de Barthélemy Dias, reliant l’emprisonnement de Marius Sagna à sa qualité de chrétien pouvait raviver la flamme. Autant dire que Macky Sall gagne beaucoup avec cette libération.
A rebours, c’est la raison d’être de la plate-forme qui peut être remise en cause, alors que la volonté de pousser l’Etat à sursoir à la mesure afférente à la hausse du prix de l’électricité n’a pas encore produit l’effet escompté. Comme par extraordinaire, l’apparition de Coronavirus au Sénégal fait que le curseur se déplace vers d’autres enjeux, comme pour alimenter le jeu de diversion de la majorité.
A cet égard, la suspicion des avocats de M.Sagna, concernant le rôle de Me El Hadj Amadou Sall, présenté en messie, est bien fondée. Dans cette affaire, il faut dire que le Front de résistance nationale, qui a commis l’ex-porte-parole du Parti démocratique sénégalais, devrait voir en Guy un obstacle pour faire passer la pilule du dialogue boycotté par de larges franges de l’opposition significative, notamment Pastef de Ousmane Sonko et le Parti démocratique sénégalais. Me Sall lui-même participe en première ligne à ce dialogue, en tant que représentant de l’Ordre des avocats du Sénégal.
Demain, le Front de résistance nationale, qui se positionne en médiateur, pourrait théoriser la mise sur pied d’un gouvernement de majorité présentielle élargie, au nom de « l’intérêt national ». En ce moment, si on l’accuse de connexions suspectes avec le pouvoir, il remettra sur la table le dossier Guy Marius. Heureusement que celui-ci a compris, quand, dimanche passé, il a fait publier une lettre pour dire qu’il ne veut pas d’un deal. Mais il faut souligner que l’activiste n’avait plus le choix, eu égard à la détresse qui commençait à gagner sa famille. Son père a craqué…

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