Pâques à Mandina Mancagne dans le Diocèse de Ziguinchor : Mgr Jean Baptiste Manga panse les plaies de cœur des fidèles

Quand on prononce le nom de Mandina Mancagne, les esprits sont vite tournés vers les moments sombres du conflit en Casamance. Cette localité renvoyant à la terreur avec la mort d’une trentaine de personnes lors d’une embuscade entre l’armée et les forces du Mfdc (Mouvement des forces démocratiques de la Casamance), a accueilli la visite de l’évêque de Ziguinchor, Mgr Jean Baptiste Valter Manga pour la célébration de la Pâque dimanche dernier. Le Pasteur en y apportant la joie de la résurrection du Christ, mort sur la croix pour sauver l’humanité,  a déclaré : « chers frères et sœurs, il nous faut en finir avec cette guerre pour panser nos blessures. Combien de blessés physiques depuis tant d’années? Combien de blessés psychologiques depuis si longtemps ? Nos structures villageoises qui pouvaient, dans le passé, prendre en charge certains traumatismes n’existant plus, beaucoup de traumatisés de cette guerre sont laissés à eux-mêmes. Arrêtons la guerre pour soigner notre terre. Arrêtons la guerre pour que cette terre produise de la nourriture pour ses fils ».  

 

Depuis la prise de son ministère, l’évêque de Ziguinchor, dans sa démarche de réconcilier le peuple de la Casamance sans distinction de religion et d’ethnie, jette son filet dans les eaux troubles de son diocèse pour y apporter la joie, l’espoir de vivre ensemble dans l’amour de Dieu et du prochain. Pour la célébration de la Pâque 2025, Mgr Jean Baptiste Valter Manga a choisi la localité de Mandina Mancagne. Un village longtemps abandonné par sa population à cause du conflit en Casamance.  Cette zone, devenue très célèbre à cause de la mort de plus d’une trentaine de personnes dans une embuscade, traine toujours les séquelles de cette terreur. Aujourd’hui, avec l’accalmie qui règne en Casamance et le projet de reconstruction de cette région, plusieurs familles ont retrouvé leur village, leurs biens et autres, qu’elles avaient abandonnés.  Et c’est dans cette reconstruction des cœurs que Mgr Jean Baptiste surgit pour apporter le message du Christ ressuscité. Un message de paix, d’amour mais surtout de réconciliation. Mgr Jean Baptiste, s’adressant aux fidèles de la paroisse Conversion de Saint Paul de Mandina Mancagne, a souligné : « je suis venu ici en ce jour de Pâques, la première Pâque après mon ordination, avec le même message que j’ai porté à Kaguitte le jour de Noël. Votre village comme celui de Kaguitte et bien d’autres en Casamance ont été des théâtres de grands affrontements entre l’armée sénégalaise et les combattants du MFDC. Ces terribles images sont restées quasi indélébiles dans la mémoire collective ». Pour Mgr Valter, quand on tape dans un moteur de recherche le nom Mandina, plus des 10 premières réponses portent sur ce qui s’est passé dans ce lieu en 1997, avec la mort de 33 soldats de l’armée. « L’image de ce jour terrible reste collée à notre village et masque tout ce qui s’y est vécu de beau avant 1997 et après. Les moteurs de recherche sont alimentés par des hommes; par ce que nous disons,  ce que nous pensons. Je viens ici comme à Noël à Kaguitte pour que l’on dise aussi autre chose de Mandina Mancagne. Lieu où, comme dans les autres localités, le Christ est ressuscité après les violences du vendredi Saint ». En ce jour de la résurrection, Mgr Jean Baptiste a aussi soutenu : « je viens confier au Seigneur tous ceux qui ont perdu leur vie, soldats, combattants, populations civiles, hommes, femmes et enfants. Oui, ici des frères se sont entretués. Oui, chaque fois qu’un homme est tué, il l’a été par un frère. C’est ce que nous a enseigné le vendredi saint: Jésus a été tué par ses frères juifs. Lui qui ne voulait pas la mort, pas même du coupable, a trouvé la mort tout innocent qu’il était. Lui qui a acquitté la femme adultère en demandant que celui qui est sans péché lui jette la première pierre a finalement été condamné à la mort. Les juifs ont alors violé le commandement de Dieu « tu ne tueras point ».  

Pour le pasteur du diocèse de Ziguinchor, aucun homme ne mérite la mort. L’homme mérite la vie. Toutefois, il a déclaré que le message qu’il porte à Mandina Mancagne en ce jour de Pâques,  il le porte à l’ensemble de la Casamance. « Nous devons réparer ce visage du vendredi Saint de notre région. L’on ne peut pas vivre une passion sans fin. Pâques nous rappelle que la passion donne suite à la résurrection. Aujourd’hui je suis heureux que Mandina Mancagne revête l’habit immaculée du ressuscité. C’est aussi pour ça que je suis venu ici chers frères et sœurs de Mandina Mancagne. Je suis venu chanter avec vous alléluia pour montrer à la face du monde que Mandina s’est relevé depuis fort longtemps et que nous devons remplacer son visage de 1997 par celui de 2025, le visage du ressuscité ».

A l’endroit de toute la communauté, il demande : « chers frères et sœurs, il nous faut en finir avec cette guerre pour panser nos blessures. Combien de blessés physiques depuis tant d’années ? Combien de blessés psychologiques depuis si longtemps ? Pleins de comportements étranges des hommes et femmes que nous rencontrons ne sont-ils pas peut être aussi les séquelles de traumas non pris en charge ? Nos structures villageoises qui pouvaient, dans le passé, prendre en charge certains traumatismes n’existant plus, beaucoup de traumatisés de cette guerre sont laissés à eux-mêmes. Arrêtons la guerre pour soigner nos blessés. Arrêtons la guerre pour soigner notre terre. Arrêtons la guerre pour que cette terre produise de la nourriture pour ses fils ».  

 

Un message de persévérance et de réconfort  

Se rappelant des différents curés qui se sont succédé dans cette église, Mgr Manga cite le chargé de la fondation feu l’abbé Benjamin Badji, les abbés Paul Ignace Tendeng, Augustin Diédhiou et aujourd’hui Lucien Manga et son vicaire l’abbé Charles Bernard Coly. « Tous ses curés successifs et leurs vicaires ont travaillé avec vous à relever votre village de l’épreuve de la mort et à en faire un cadre agréable de vie. Vous êtes aujourd’hui l’une des paroisses les plus dynamiques. Les responsables sont unanimes que vous avez la meilleure équipe de catéchistes. Je suis venu aussi vous féliciter et vous encourager avec la ferme confiance que toutes nos localités qui traversent encore le vendredi Saint connaîtront un jour comme vous la résurrection » a-t-il souligné dans un esprit plein d’émotion et de fierté.   

 

Denise ZAROUR MEDANG  


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