Situation sécuritaire au Sahel: Plus d’un million de déplacés internes à cause du terrorisme au Burkina Faso

La situation sécuritaire au Burkina Faso a entraîné un déplacement massif des populations. 1.113.000 déplacés internes ont été dénombrés dans le pays, a déclaré Mamadou Savadogo, spécialiste de l’extrémisme violent au Sahel.

En 2016, cinq provinces du Burkina Faso ont été touchées par les attaques terroristes. Ce pays qui, jusqu’en 2015, ne servait que de base arrière aux terroristes, a commencé à basculer depuis l’année 2016. D’après Mamadou Savadogo, spécialiste de l’extrémisme violent au Sahel, la menace qui était exogène est devenue endogène. En 2017, le nombre de localités ayant subi des attaques est passé de cinq provinces à 12, a rappelé M. Savadogo qui faisait une présentation sur la situation au Burkina Faso lors du Forum «État de droit et extrémisme violent au Sahel» organisé par Afrikajom Center du 5 au 6 novembre à Dakar. Un an plus tard, 16 provinces du pays des hommes intègres sont touchées par les attaques. La menace a progressé et a fini par s’étendre dans beaucoup de zones.

D’après M. Savadogo, 1.113.000 personnes sont des déplacés internes au Burkina Faso pour une population de 20 millions d’habitants. Dans le pays, une personne sur 20 est un déplacé interne à cause de l’extrémisme violent surtout en milieu rural. Ces nombreux déplacements ont provoqué un contexte humanitaire très fragile dans le pays, a expliqué le spécialiste de l’extrémisme violent au Sahel. «Nous sommes dans une crise volatile. Des civils sont attaqués, les droits humains sont en souffrance et près de 900 établissements scolaires sont fermés», a déploré M. Savadogo.

Réponse institutionnelle

Mamadou Savadogo assure que l’État islamique au Grand Sahara et le Groupe de soutien à l’islamo-musulman sont les deux grands groupes terroristes qui sèment la terreur dans le pays depuis quelques années. Ils sont aidés dans leurs exactions par des groupes locaux qui maîtrisent bien le terrain. Selon lui, ils ont mis en place des stratégies locales et ont préféré se cantonner dans les zones rurales. Cette situation d’insécurité a entraîné de nombreux réfugiés dans le pays. Face à cette situation, l’État burkinabé a tenté d’apporter une réponse institutionnelle. D’après lui, le Burkina Faso a mis en place des réformes juridiques et institutionnelles en plus de la réponse militaire pour vaincre le terrorisme. À ses yeux, le gouvernement a compris, entre temps, que ce sont les questions économiques et sociales qui ont fait basculer certaines zones du pays. Des réformes ont été aussi apportées sur le plan judiciaire comme la réforme du Code pénal. L’État burkinabé a également mis en place des volontaires pour la défense de la patrie chargés de venir en appui aux forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme. À son avis, toutes ces mesures prises n’ont pas réussi à freiner la progression des groupes terroristes au Burkina Faso.

Aliou Ngamby NDIAYE

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MALI

Une personne tuée toutes les 6 heures à Mopti et à Ségou

Toutes les 6 heures, une personne est tuée dans les régions de Mopti ou de Ségou au Mali depuis l’avènement du terrorisme, a indiqué le chef du bureau régional de la Minusma à Mopti. À la date du 4 novembre 2020, 1181 incidents ont été enregistrés dans ce pays avec son lot de morts rien que pour l’année en cours. 47% de ces incidents sont liés au terrorisme et à l’extrémisme violent. Fatou Dieng Thiam faisait une présentation sur le thème : «Les réponses institutionnelles des pays du Sahel : limites et perspectives» lors du Forum sur «État de droit et extrémisme violent au Sahel». Toutes les quatre heures, une personne est gravement blessée dans ces mêmes localités. C’est pour apporter une réponse à cette insécurité que les Nations unies y ont déployé une mission. Les différents axes d’intervention de la Minusma, souligne Mme Thiam, sont la recherche de la paix et une assistance à l’État central malien afin de mettre en place un cadre politique pour la protection des civils et la réduction des violences communautaires.

La Minusma couvre aujourd’hui les régions de Ségou et de Mopti durement frappées par la violence. D’après Mme Thiam, la Minusma est accusée de n’avoir rien changé dans la situation sécuritaire du Mali. Pourtant, c’est grâce à sa présence que le nombre de personnes tuées à Mopti et à Ségou a commencé à baisser, fait-elle savoir. «Il y a une baisse des violences grâce aux dynamiques locales de réconciliation», explique le chef du bureau régional de la Minusma à Mopti. L’insécurité au Mali n’est pas seulement dans les zones rurales, précise-t-elle. Même dans les grandes villes, la menace est réelle. La preuve, informe Fatou Dieng Thiam, 62 % des incidents notés dans le pays ont eu lieu dans les régions de Mopti et de Ségou.

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PR MAMADOU DIOUF, DIRECTEUR DE L’INSTITUT D’ÉTUDES AFRICAINES DE L’UNIVERSITÉ DE COLUMBIA

«Les autres réfléchissent plus que nous sur le devenir de nos sociétés»

L’historien Mamadou Diouf plaide la réflexion pour mieux comprendre le phénomène qui embrase le Sahel. D’après le Directeur de l’Institut d’études africaines de l’Université de Columbia (États-Unis), «les Africains ont cessé de réfléchir» au moment où «les autres réfléchissent beaucoup plus que nous» sur le devenir de leurs sociétés. À son avis, la question de l’extrémisme violent au Sahel ne saurait être réglée sans des réflexions approfondies sur le sujet. «Cette région a besoin de retourner à la réflexion pour comprendre ce qui s’y passe. Cette réflexion pourrait permettre de produire une plateforme pour trouver des réponses à notre problème», préconise-t-il.

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Surpolitisation de la prévention de la radicalisation violente

Professeur à Sciences Po Paris et experte auprès de l’Union européenne sur les problèmes liés à la radicalisation au Sahel, Selma Belaala dénonce une «surpolitisation» de la thématique de la prévention de la radicalisation violente au Sahel. D’après elle, depuis quelques années, il y a un «lobbying» intense sur la question. Aujourd’hui, a-t-elle soutenu lors de sa présentation à l’occasion du Forum sur «État de droit et extrémisme violent au Sahel», la prévention de la radicalisation est devenue un enjeu dans l’aide publique au développement. «Cette phase de politisation est faite au détriment de résultats tangibles», a déploré Selma Belaala. Elle a soutenu que des sommes d’argent colossales ont été injectées dans la lutte contre l’extrémisme violent au Sahel «sans résultat».


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